Plusieurs centaines de personnes ont participé samedi 19 mars 2022, dans l’après-midi, à la démarche du diocèse de Nantes faisant mémoire des abus sexuels dans l’Eglise. Mgr Percerou avait invité ceux qui le pouvaient à se rassembler au calvaire de Pontchâteau pour le dévoilement d’une plaque mémorielle, et un chemin de croix, médité à partir d’extraits du recueil “de victimes à témoins” réalisé par la Commission Indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise. 

En mars 2021, les évêques réunis en Assemblée plénière à Lourdes, avaient voté une série de 11 résolutions, dont la 8ème faisait écho à l’invitation du pape François de vivre une journée de prière pour les personnes victimes de violences et agressions sexuelles et d’abus de pouvoir et de conscience au sein de l’Église. Celle-ci avait lieu ce 3ème dimanche de Carême à travers toute la France. Plusieurs mises en œuvre avaient été proposées, et parmi elles, une méditation du chemin de croix rédigée par une théologienne, Katherine Shirk Lucas (enseignante à l’Institut catholique de Paris et membre de la commission de théologie de l’ACAT) et s’appuyant sur des paroles de victimes. C’est cette proposition qui a été retenue par le diocèse de Nantes.

Les paroles d’enfants abusés ont résonné dans le parc du sanctuaire de Pontchâteau, stations après stations au long du chemin de croix monumental, Face aux représentations de la Passion du Christ, elles étaient associées à sa méditation et faisaient écho à des extraits de Psaumes. “Ici, a expliqué l’évêque, beaucoup de pèlerins viennent contempler le chemin de la Passion du Christ et lui confier leurs souffrances, leurs difficultés de vie, leurs angoisses. Après avoir entendu bon nombre de victimes après le rapport de la CIASE, j’ai pu mesurer combien les abus sexuels subis sont sources de destruction et œuvres de mort. Les personnes sont abîmées pour la vie. Je me suis dit, qu’il n’y avait peut-être pas plus beau lieu pour demander au Christ de prendre sur lui toutes ces violences subies et toutes ces vies détruites.” Dans son introduction, Monseigneur Percerou a aussi insisté sur l’avenir : “Nous sommes là aussi pour demander la grâce de la conversion, l’audace et le courage de transformer notre Eglise pour qu’elle devienne une maison sûre dans laquelle chacun puisse se découvrir aimé, respecté et en sécurité.” Il s’est également adressé aux victimes : “merci aux victimes qui ont tenu à être présentes aujourd’hui, votre présence ici est pour nous tous un témoignage, parce que c’est grâce à vous, en effet, que l’Eglise a pu regarder en face ce mal que vous avez subi, qu’elle a pu reconnaître sa responsabilité et engager, avec vous, un chemin de purification et de renouvellement.” 

En conclusion du chemin de croix, une victime de Loire-Atlantique a témoigné de la blessure profonde laissée par les abus, de son parcours de vie, de la foi profonde qui l’a pourtant guidée tout au long de sa vie “sous le regard de Dieu, je ne crains pas de témoigner, ayant ressenti je crois que la communauté chrétienne a besoin et envie de savoir ce qui s’est passé en son sein, et c’est bien normal… Comment ai-je pu garder la foi ? Ma réponse, qui m’est toute personnelle, c’est que les abus sexuels dans l’Eglise ne sont pas l’œuvre de Dieu ! ” Cette victime a aussi témoigné de la délivrance qu’a été, pour elle, l’action de la CIASE qui l’a auditionnée et ainsi fait passer du statut de victime à celui de témoin.

Dimanche, de nombreuses paroisses ont aussi fait mémoire des victimes en portant dans la prière universelle toutes ces vies brisées.

Reportage des TV locales et nationales

Reportage de KTO du 22 mars 2022

Journal FR3 Pays de Loire du 19 mars 2022

Reportage de Télénantes du 19 mars 2022

Parmi les résolutions votées par les évêques en novembre 2021, suite au rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), chaque diocèse est invité à vivre une journée mémorielle de prière le 3e dimanche de Carême (20 mars). Au cœur du Carême, le 3e dimanche renouvelle l’appel à la conversion. Plusieurs propositions permettront aux diocèses de s’approprier cette démarche mémorielle et de prière. En Loire-Atlantique, cette célébration diocésaine prendra la forme d’un chemin de croix, au calvaire de Pontchâteau, le samedi 19 mars à 15h30. Au début de ce chemin de croix, une plaque commémorative sera dévoilée.

Après les soirées organisées dans les 12 zones pastorales, de décembre à début février, Mgr Percerou invite le plus grand nombre à s’associer à cette démarche : « La méditation de ce chemin de croix est proposée par la théologienne Katherine Shirk Lucas et s’appuie sur des paroles de victimes. Le calvaire de Pontchâteau nous a paru le lieu adéquat pour vivre, de façon diocésaine, cette démarche qui a été proposée à l’ensemble des diocèses. »

La prière du chemin de croix nous conduit au cœur de la Passion de Jésus-Christ pour nous révéler la profondeur de l’amour de Dieu. La théologienne précise : « Ce chemin de croix nous plonge dans la douleur, les souffrances et la sagesse des personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église catholique. J’ai composé cette prière pour affirmer notre gratitude aux témoins qui partagent leur parole avec courage et générosité. Elle exprime notre profonde solidarité avec les personnes qui ne peuvent pas parler, ou qui ne peuvent pas encore le faire. Nous sommes reconnaissants pour l’engagement des membres de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église qui ont su garder les personnes témoins au centre de leur démarche. Nous portons l’espoir que cette prière biblique aide les chrétiens des diverses traditions à demeurer ensemble au pied de la Croix, à se tenir ensemble aux côtés des personnes qui souffrent des violences sexuelles subies au sein de nos Églises. »

Les paroisses sont également invitées à introduire cette dimension mémorielle dans les intentions de prières universelles des messes de ce 3e dimanche de Carême. Un livret de prière est également disponible : Témoins pour une vie nouvelle. Ce livret conçu par un comité de rédaction au sein duquel se trouvaient plusieurs personnes victimes témoins, propose une progression que chacun pourra suivre – seul ou en groupe – pour lire, prier ou méditer autour du 3e dimanche de Carême à partir d’un texte de l’Évangile, d’une parole de personne victime et d’un troisième texte ressource, pour cheminer vers Pâques et faire mémoire. L’idée est d’inviter chacun à ouvrir ses yeux et ses oreilles, son cœur, à ne pas détourner le regard, à reconnaître l’importance de ce qu’il voit, entend, ressent, à se laisser convertir et, pourquoi pas, à devenir témoin à son tour.

Samedi 19 mars 2022, à 15h30 : dévoilement d’une plaque mémorielle, chemin de croix, puis témoignage d’une personne victime.