(©photo : Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux – Giotto)

Écrit au printemps 1225, le Cantique des créatures a 800 ans en ce printemps 2025 : une nouvelle traduction (voir en bas de page)

Frère Eric Bidot, capucin, nous ouvre le cœur et l’intelligence à la lecture et la méditation de ce cantique écrit par Saint François d’Assise au printemps 1225, il y a tout juste 800 ans.

Il nous ouvre le cœur en nous faisant passer du « POUR » au « PAR » :

La traduction a en effet été toujours était ambiguë, un même mot « per » pour « pour » et pour « par », alors que choisir ?

Une nouvelle traduction avec le mot « par » nous ouvre à une louange toute dépossédée : ce sont les éléments de la Création qui louent chacun à leur manière le Créateur. Et nous participons tous à cette louange de tout l’univers à l’égard de son Créateur.

La première strophe rappelle l’altérité sans égal de Dieu, on trouve dans ces mots un fossé entre le Créateur, dans son altérité radicale, et l’indignité qui est la nôtre.

Puis nous découvrons avec frère Soleil le thème de la lumière, et du baptême : le baptême est le Sacrement de l’illumination. Le soleil dispense cette lumière généreuse, qui nous illumine. François nous parle de la générosité du soleil. Et comme lui-même est une âme généreuse, cela a une résonance particulière.

Nous remarquons aussi l’alternance du masculin et du féminin à travers toute la prière.

Puis, vient le contraste « jour » avec le soleil et « nuit » avec sœur lune et les étoiles. Mais l’espérance de François est là : il n’y a pas de nuit sans une petite lumière, la lune. On rentre donc dans la nuit avec la lune. C’est notre condition pérégrinante sur la Terre. On ne voit pas vraiment encore la signification des choses en pleine lumière.

Ensuite, frère vent, l’air, nous fait penser à l’Esprit Saint, à ce souffle de Vie qui participe à l’acte créateur.

Sœur eau : utilité et humilité. Oui, François ne nie pas l’utilité de l’eau : il y a certes une chosification de l’eau, on s’en sert. Mais aussi l’eau se laisse faire dans son humilité, elle est précieuse, et chaste : c’est sa limpidité et sa capacité à trouver des chemins, à couler, à arriver à sa finalité que François nous montre ici.

Puis, nous voyons frère feu. Il illumine la nuit. Le soleil : pour le jour, c’est la pleine révélation en Dieu de tout ce qui est. Mais notre condition pérégrinante est dans la nuit avec la lune et les étoiles, ainsi que le feu, qui est beau, robuste, joyeux. Cette force de frère feu exprime ce désir puissant de vivre.

Vient ensuite notre sœur mère Terre, la Terre, elle a une autorité, elle nous enseigne. Comme en permaculture : nous apprenons de la Terre, de ce qu’elle connaît.

Voici donc les 4 éléments primordiaux. François n’évoque pas d’animaux ici : les 4 éléments indiquent tout le cosmos, et donc tout ce qui est à l’intérieur, tout le créé. On retrouve un ordre dans la création (St-Grégoire le Grand) : un animal n’est pas un minéral, ni un végétal, ni une création spirituelle, etc. Ce ne sont pas les mêmes éléments.

Nous autres, êtres humains, nous sommes microcosmes du macrocosme :

  • avec le minéral, nous avons l’être,
  • avec le végétal, nous avons la vie,
  • avec l’animal, nous avons la sensibilité, etc.

Nous avons quelque chose en commun avec tous les éléments de la Création. Nous portons tous le créé en nous, nous sommes en relation avec tout le créé.

François travaille cette réconciliation de ce maillon, car nous sommes à la fois spirituel et animal.

François aide à ce que les autres maillons connaissent ce chemin de réconciliation : en effet, les animaux sentaient en François un homme dont on ne peut pas avoir peur, il est les mains vides, désapproprié.

Dans ce Cantique il désire que toute la création puisse prendre ce chemin-là.

Après les éléments, les humains, nous entrons en ligne de compte sur la strophe sur le pardon. Cette strophe répond à la première : on reprend le chemin vers Dieu quand nous restaurons nos relations. « Tout est lié » : nos relations à Dieu, moi, le créé, l’autre. Si je fais un chemin avec l’autre, je remets du lien là où ça a été brisé, cela me remet en lien avec Dieu et le cosmos.
Le pardon est alors à chercher à l’intérieur de toute la création. Dieu est lui-même Trinité donc relation. « Le monde créé est un tissu de relations » à l’image de la Trinité (LS 240).

Puis vient la mort : en apprivoisant ce moment radical de passage, la mort devient une sœur, car François prend le chemin de la pauvreté, pas de la tyrannie ou de la domination. Il reçoit tout, donc il peut aussi accueillir ce moment douloureux de la mort. Ce chemin de désappropriation est le point d’orgue de toute la vie de François : tout est don.

Le paragraphe 239 de l’encyclique Laudato Si nous invite à la guérison de notre regard : on ne voit que l’écorce des choses. On a perdu la manière de voir les choses dans leur signification : leur signification est de refléter, d’exprimer le Dieu Créateur et Trinitaire.

Nous sommes invités avec ce cantique à retrouver un regard contemplatif. Oui, tout est là, donné en abondance.

Cet article a été écrit grâce à la conférence de Frère Eric Bidot, lors de la réunion des référents écologie intégrale du mois de mars 2025. Merci à lui !

Vous pouvez retrouver son livre : « La création retrouvée ». Ce livre est la substantifique moelle de la pensée de Saint François qui nous invite à des retrouvailles avec la création pour vivre une véritable conversion écologique.

Nous vous invitons aussi à lire Francois Cheng : « Assise, une rencontre inattendue ». François Cheng appelle François « le grand vivant » : Saint François entre en relation : oui, pour le grand vivant tout est rencontre et occasion d’une possible transformation.

Pénélope Aubourg
Service diocésain de l’écologie intégrale

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