une journée de grâce pour les abstinents d’alcool

Publié le : 2 juillet 2026

Le lundi de Pentecôte 2026, environ 80 personnes se sont retrouvées au Calvaire de Pontchâteau pour le pèlerinage annuel des « Pèlerins de l’Eau Vive », un mouvement qui accompagne les personnes touchées par la maladie alcoolique et leurs proches. Une journée marquée par la joie, la foi et des témoignages d’une grande profondeur humaine et spirituelle.

40 ans d’abstinence : un anniversaire chanté

La journée a d’abord été l’occasion de célébrer un beau jubilé : Jean-Noël, l’un des participants, fêtait ses 40 ans d’abstinence, depuis ce lundi de Pentecôte 1986 où sa vie a basculé. Pour marquer cet anniversaire, il a composé un chant, Abstinents d’alcool, Revivre, disponible sur le site du mouvement. En voici quelques vers :

« Béni sois-tu Marie d’avoir changé ma vie devant la Grotte de Lourdes quand mon âme était si lourde. Tu m’as touché Marie avec Jésus ton Fils à cette Grotte bénie et je vous dis MERCI ! »

L’exhortation du pape Léon : les Pauvres au cœur de l’Église

François Pépin, médecin addictologue, a ensuite partagé des extraits de l’exhortation apostolique du pape Léon XIV sur l’amour envers les pauvres, intitulée « Je t’ai aimé ». Un texte qui résonne particulièrement dans ce contexte : « Les Pauvres avec un grand « P » ont toute leur place dans notre Église. Nos frères et sœurs les plus pauvres nous évangélisent. »

Le pape y évoque explicitement la pauvreté des addictions : « L’abstinence nous permet d’aborder la maladie alcoolique de manière plus intime. Nous sommes plongés au plus profond de nous-mêmes, au plus profond de notre faiblesse, de notre pauvreté. Ce qui change tout, c’est que Jésus nous rejoint dans ces profondeurs de notre souffrance. » Et d’ajouter : « Décider de vivre sans alcool ne fait pas fuir les amis, bien au contraire, mais permet une nouvelle façon de vivre, bien plus authentique. » L’intégralité de cette intervention est disponible sur le site.

Le témoignage de Julien : de la bouteille à l’espérance

L’après-midi a été marqué par le témoignage bouleversant de Julien, natif de Carquefou. Il prend son premier verre à 12 ans au camping avec ses cousins, mais commence vraiment à boire vers 16 ans. Jusqu’à 22 ans, il apprécie les sensations que lui procure la boisson : euphorie, désinhibition, confiance pour aller vers les autres. Sa petite amie le met en garde, il minimise. Ils finissent par se séparer.

La solitude s’installe. « À 27 ans, la solitude a pris beaucoup de place et je bois de plus en plus. » Désormais, quelle que soit sa situation professionnelle, il a toujours une bouteille dans son sac. Les tentatives de sevrage se succèdent, sans succès durable. En 2019, sa famille essaie avec bienveillance de lui parler de son addiction — il nie en bloc. Cure, rechute, nouvelle cure, nouvelle rechute. En 2021, il consomme deux litres de rhum par jour. « J’avais perdu tout le contrôle de ma vie. Je me disais que je guérirai plus tard, mais ce plus tard n’arrivait jamais. »

Dans ses moments les plus sombres, il s’adresse parfois à Dieu : « Si tu existes, retire-moi la vie. » Et comme il reste vivant, il conclut amèrement : « Même Dieu ne m’écoute pas. »

En 2022, se découvrant « jaune comme un Simpson », il appelle les pompiers. À l’hôpital, le diagnostic tombe : ictère, cirrhose, varices œsophagiennes. « Je ne sais pas si vous allez vous en sortir », lui dit le médecin.

C’est sa sœur qui lui trouve une place au Village Saint-Joseph, une maison de reconstruction dans une atmosphère familiale et chrétienne. Il y restera neuf mois — « le temps d’une renaissance ». Curieux de la foi rayonnante des habitants, il commence à poser des questions. Un soir de louange, au moment où le père Xavier lui présente le Saint-Sacrement, il est « inondé de la présence de Dieu » et comprend soudainement qu’il a été créé par amour. « J’ai remplacé la bouteille par l’espoir, celui de connaître Dieu et de me laisser aimer par Lui. La foi est venue prendre toute la place. »

Aujourd’hui marié, Julien prie chaque jour avec sa femme et souhaite se mettre au service des autres. Il reste lucide : « Dieu est plus fort que le Mal, mais je sais que l’alcool sera toujours là pour me tenter. »

La sobriété, une grâce à partager

Michel, sympathisant du mouvement, a complété cette journée en évoquant le témoignage concret de la vie ordinaire : comment résister aux invitations quotidiennes, en milieu professionnel notamment. Il a conclu par cette conviction : « Souvent la guérison est une grâce du ciel, et ceux qui sont guéris sont les plus motivés pour aider les autres à devenir abstinents. »

Après un temps d’adoration et de réconciliation, Mgr Bernard Charrier, aumônier diocésain du mouvement, a envoyé les pèlerins en mission. Le fil rouge de la journée résonnait encore dans les cœurs : « Ne crains pas, je suis ton Dieu. C’est moi qui t’ai choisi, appelé par ton nom. Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. Ne crains pas car je suis avec toi. »

Rédigé à partir du récit de Sœur Jeannette.

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