À l’ouest, une lumière qui descend

Publié le : 14 octobre 2026

Six ans après l’incendie, la grande verrière de la cathédrale saint Pierre et saint Paul de Nantes va renaître sous la forme d’une création contemporaine. Quatre équipes sont en lice. Lors de la conférence de presse du 13 octobre, Mgr Laurent Percerou a dit ce que le diocèse en espère.

(De gauche à droite : Mr Thibaut Guiné, adjoint au maire de Nantes en charge du patrimoine, Mgr Percerou, évêque, Mr Laurent Hottiaux, préfet de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique et Mme Anne Gérard, directrice régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire. Photo : diocèse de Nantes)

Ceux qui étaient là s’en souviennent. Le matin du 18 juillet 2020, il y avait du verre sur le parvis : des morceaux de visages, de drapés, d’ailes peintes au début du XVIe siècle. Sous la chaleur de l’incendie, la grande verrière de la façade occidentale avait éclaté. Quelques heures après l’extinction du feu, les équipes de la DRAC ramassaient déjà les fragments, confiés ensuite à l’atelier de la restauratrice Isabelle Baudouin. Une partie a été remontée ; ils ont vocation à être présentés dans la crypte.

C’est par eux que Mgr Laurent Percerou a voulu commencer, lors de la conférence de presse consacrée à la nouvelle verrière. « Ce qui a été sauvé sera montré », a-t-il promis, avant d’en venir à ce qui, désormais, occupe tout le monde : la baie vide de onze mètres sur sept qui attend son œuvre.

Une rescapée, déjà

La verrière détruite en 2020 n’était plus intacte depuis longtemps. Commandée par Anne de Bretagne et réalisée en 1507 et 1508 par le peintre-verrier Pierre de la Chasse, elle représentait sur neuf lancettes une monumentale Fontaine de Vie, surmontée du Christ et de la colombe de l’Esprit. En 1800, l’explosion de la poudrière du château en avait détruit les quatre cinquièmes. Pendant plus de deux siècles, les Nantais ne l’ont connue que par morceaux, sertis dans une vitrerie blanche. L’évêque l’a rappelé avec un brin de malice : le verre a cette vertu peu commune de ne rien cacher de ses cicatrices.

Il n’est donc pas question de la refaire. L’État, propriétaire de l’édifice et maître d’ouvrage, a choisi une commande publique artistique : une création contemporaine. Mgr Percerou y voit une forme de fidélité. Dans les mêmes années, la reine Anne faisait sculpter par Michel Colombe le tombeau de ses parents, qui repose aujourd’hui dans la cathédrale. « Anne de Bretagne ne copiait personne. Elle demandait aux meilleurs artistes de son temps une œuvre de son temps. » Le XXe siècle n’a pas fait autrement, en confiant les verrières de la cathédrale, détruites par les bombardement de 1944, à Jean Le Moal, Anne Le Chevallier ou Brigitte Simon.

Le chemin inverse de la lumière

Le diocèse, affectataire de la cathédrale, a pris part à l’élaboration du cahier des charges. Il y a glissé une proposition, que l’évêque a exposée. Au chœur, les verrières montent et disent la Résurrection. À l’autre bout de l’édifice, la lumière pourrait faire le chemin inverse, et descendre : « C’est le mouvement de l’Incarnation : Dieu qui ne reste pas au-dessus de nous, mais vient habiter notre condition. »

Une remarque très simple donne à cette intuition tout son poids : cette verrière, on la regarde surtout en sortant. Elle est la dernière image que l’on emporte avant de retrouver la rue, le tramway, les commerces. « Qu’elle dise, à sa manière, que la lumière ne s’arrête pas au seuil », a souhaité Mgr Percerou, pour qui une cathédrale peut offrir cela « à toute une ville, croyants ou non ».

Une orientation, et rien de plus. L’évêque a tenu à le préciser : la commande reste une création libre, et le mieux que l’on puisse souhaiter aux artistes est d’apporter des idées « auxquelles nous n’avions pas pensé ». Ils devront aussi compter avec un voisin de taille : le grand orgue, qui sera reconstruit devant la baie, dans le volume de l’instrument détruit. La lumière et la musique devront apprendre à partager l’espace.

Quatre équipes, un jury, un rendez-vous

Le 1er octobre, le jury a retenu quatre duos, chacun associant un artiste et un maître verrier. Ils incarnent tous une vision singulière de ce que pourront être ces futurs vitraux :

— Oliver Beer et les ateliers Duchemin : cet artiste britannique pluridisciplinaire, compositeur et plasticien, imagine des vitraux comme « la manifestation physique du son qui jaillit de l’orgue, la lumière colorée comme prolongement visuel de la musique sacrée ».

— Philippe Cognée et les ateliers Duchemin : peintre et sculpteur nantais, il voit dans le vitrail occidental « une présence plutôt qu’un récit, dont la force naît de sa simplicité ».

— Pascal Convert et le maître-verrier Olivier Juteau : artiste dont l’œuvre est nourrie de spiritualité et de mémoire, il évoque des motifs qui « créent un labyrinthe de trajectoires, une vision qui permet au fidèle d’éprouver intérieurement le mystère de l’irreprésentable ».

— Laure Prouvost et l’atelier Simon-Marq : artiste internationale vivant à Bruxelles, elle propose de « faire place à ce que transmettent les images disparues — des traces, des fragments, une mémoire qui continue de résonner ».

Ils ont jusqu’en janvier 2027 pour remettre leur projet ; le lauréat sera désigné en février, pour une réalisation attendue en janvier 2028. Quant à savoir quel projet a sa préférence, l’évêque a devancé la question : il ne le dira pas, « d’abord parce que je n’en ai pas, ensuite parce que le diocèse siège au jury ».

Au moment de remercier l’État, la DRAC des Pays de la Loire, l’architecte en chef Pascal Prunet et la Ville de Nantes, Mgr Percerou a résumé ce que six années de chantier ont appris à tous : cette cathédrale « n’appartient à personne seul ». L’État la possède, l’Église la fait vivre, la ville la regarde. La verrière de 2028 sera le fruit de cette cohabitation. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’en sortant de la cathédrale, on lève encore les yeux.

REPÈRES

1507-1508  Le peintre-verrier Pierre de la Chasse réalise la verrière commandée par Anne de Bretagne.

1800  L’explosion de la poudrière du château en détruit presque la totalité.

18 juillet 2020  L’incendie criminel fait éclater la verrière.

27 septembre 2025  Réouverture de la cathédrale au public.

1er octobre 2026  Le jury retient quatre duos artiste-maître verrier.

Février 2027  Désignation du lauréat.

Janvier 2028  Réalisation attendue de la nouvelle verrière.

En chiffres

48,40 m² de vitraux à créer (grande baie haute et deux baies du triforium). 672 000 € TTC pour la commande artistique, dont 100 000 € apportés par la Ville de Nantes. 38 millions d’euros TTC (estimation) pour l’ensemble de la restauration, intégralement financés par l’État, propriétaire de la cathédrale.

Source : DRAC des Pays de la Loire, dossier de presse « Création des vitraux de la façade occidentale », octobre 2026.

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