À l’occasion du Voyage en hiver, initié par le VAN (Voyage à Nantes), Dominique Blais propose de réactiver les cloches dans la ville. Cet artiste né à Châteaubriant, vit et travaille à Paris. Il s’intéresse à la présence et à la portée symbolique des clochers dans le paysage urbain, qu’il estime considérables, même si leur usage civil s’est perdu dans la cité. Son œuvre s’intitule “A flot d’airin” : les cloches des églises de Nantes vont se faire entendre par vagues. “À la tombée de la nuit, un premier mouvement sonore s’opère furtivement d’ouest en est et d’est en ouest. Cette succession de tintements parcourant les berges de Loire préfigure une réplique plus ample, quelque temps plus tard, qui déferle de part et d’autre de la ville par volées pour rejoindre l’hypercentre à l’image d’une onde de marée de la Loire si singulière à Nantes – comme si le son des cloches se renvoyait d’édifice en édifice avant de se répercuter sur le fleuve attenant.

  • « À flot d’airain » aura lieu du 24 novembre 2022 au 1er janvier 2023, 7J/7 à partir de 18h32 (prélude à la tombée du jour à 17h18), durée : environ 20 minutes.

Cette initiative interpelle le curé de la paroisse du centre ville Notre-Dame de Nantes, le père Loïc Le Huen. Celui-ci invite les catholiques à profiter de cette œuvre artistique pour redécouvrir ce patrimoine spirituel, de plus en plus discret dans la ville :

La vie de nos cités, de nos villes et villages, est marquée par le bruit ! Quotidiennement, presqu’habituellement, les sons de nos villes sont ceux du stress et de l’urgence (sirène des véhicules de secours, de police, de pompiers et ambulances, sonnette des trams, klaxon des voitures, livreurs un peu pressés). Dans le brouhaha furieux de la ville, le son des cloches de nos églises, qui est celui de l’âme de la cité, a fini par se diluer pour presque disparaître. Pourtant, la beauté et l’harmonie des cloches contribuent à créer une ambiance de fête ou de recueillement.
Bien évidemment, les cloches des églises possèdent un caractère sacré indéniable. Lors de leur placement, de leur incorporation au domaine sacré, les cloches sont d’ailleurs «baptisées» –bénites en réalité. Elles sanctifient le temps, en parlant en accents sonores et vibrants. Les cloches parlent, elles disent mille choses. Elles disent publiquement, en plein ciel, la foi des croyants qui les entourent.
Les cloches font aussi partie du patrimoine culturel de notre pays et à ce titre elles échappent, en partie, à la sphère de la communauté chrétienne. Hier comme aujourd’hui, les cloches des églises, cathédrales, prieurés et autres couvents sont au cœur des émotions collectives.

Les cloches ont part à l’histoire de la ville rythmant ses peines et ses joies.

Contre toute attente, le «Voyage à Nantes» a souhaité réhabiliter le son des cloches partout en ville. À l’occasion du «Voyage en hiver», l’artiste castelbrillantais Dominique Blais propose de réactiver les cloches dans la ville.
On peut peut-être y voir, déjà, la réalisation de la fameuse vision d’André Malraux sur le XXIe siècle : «Le XXIe sera spirituel ou ne sera pas !» Alors que notre société tend à éclater de tous côtés, la voix des cloches nous appelle à l’élévation, la spiritualité et à la communion.

P. Loïc Le Huen